POUR SORTIR DE FLATLAND
Renaud Fortuner
fortuner@wanadoo.fr



L'Etranger. Que savez-vous de l'Espace ? Définissez-le-moi

Moi. L'Espace, Monseigneur, c'est la longueur et la largeur prolongées à l'infini.

L'Etranger. Et voila. Vous ne savez même pas ce que c'est que l'Espace.
Vous le croyez formé de deux Dimensions seulement
mais je suis venu vous en annoncer une troisième :
longueur, largeur et hauteur.

 

Edwin Abbott, Flatland, 1884.



Tout le monde se plaint du capitalisme et de ses dérives mais, depuis que nous sommes enfin débarrassés du marxisme, il n'existe plus d'alternative à cette idéologie. Les partis de gauche adoptent peu à peu la social-démocratie et parlent surtout de la défense des travailleurs : s'il faut les défendre contre les capitalistes, c'est que la gauche se résigne à l'existence du capitalisme.

Et s'il existait une alternative ? Un système qui ne soit ni capitaliste, ni marxiste, un système revenant à la définition historique du socialisme : tout travailleur doit posséder son outil de travail.

Au XIXe siècle, Edwin Abbott a décrit dans Flatland la découverte de la hauteur par un habitant d'un monde qui ne connaissait jusqu'alors que deux dimensions, longueur et largeur. Le présent ouvrage propose un moyen de sortir de notre Flatland moderne qui ne connaît que capitalisme et marxisme en décrivant une troisième dimension dans laquelle l'initiative et la propriété individuelle sont respectées mais dans laquelle également les travailleurs possèdent leur outil de travail et conservent l'intégralité du revenu qu'ils en tirent.


En fait, sur le plan économique, tout repose sur la propriété des moyens de production. Par "moyens de production", je désigne tout ce qui est nécessaire à un travailleur pour faire son travail, que ce soit l'ordinateur à 300 euros d'un travailleur à domicile ou l'Airbus A380 à 325 millions de dollars d'un pilote de ligne et de son équipage. Dans un système capitaliste pur, l'argent nécessaire à l'achat de ces moyens de production est apporté par des personnes qui ne font aucun travail et qui portant empochent tous les bénéfices produits. Dans un système communiste, les moyens de production sont la propriété de l'état et sont confiés aux citoyens qui sont supposés s'en servir pour produire des biens, chacun selon ses moyens. L'état conserve les produits de leur travail et les redistribue à chacun selon ses besoins. Ces deux approches, celles de la droite et de la gauche traditionnelles, ont chacune des inconvénients rédhibitoires et il faut donc chercher à les remplacer part autre chose, mais quoi ?


Pour répondre, je suis parti de l'idée de la coopérative de producteurs, concept proposé au 19ème siècle par Proudhon qui suggérait aux ouvriers de mettre leurs ressources en commun pour acheter leurs outils de production sans passer par les capitalistes. L'ennui, c'est que les ouvriers ne sont pas très riches et que beaucoup de petits riens même mis en commun ne font pas grand chose. Le système marche très bien en France pour des PME mais il trouve vite ses limites dès qu'il faut investir pour développer la coopérative. Il est en tout cas impensable de l'appliquer à des entreprises de taille mondiale, telles que EADS, Renault ou Total. C'est pourtant là que les méfaits du capitalisme s'exercent à plein.


Il faut donc trouver une autre source de financement pour les coopératives de producteurs, une source qui ne soit ni les coopérateurs eux-mêmes, trop pauvres pour cela, ni les banques traditionnelles, liées au capitalisme. Une solution pourrait être apportée par une banque nationale, alimentée par l'impôt et prêtant aux coopératives de producteurs l'argent dont ces dernières ont besoin.


Cette idée très simple pose toutes sortes de problèmes:

- S'il faut que l'impôt finance les coopératives de producteurs, il va falloir l'augmenter, ce qui ne plaira pas aux contribuables. Il faut donc s'interroger sur les moyens de rendre l'impôt acceptable et pour cela le modifier du tout au tout. 

- Le financement des coopératives de producteurs par l'Etat risque de renforcer encore les pouvoirs de nos dirigeants. Il faut donc s'interroger sur les moyens de rendre ces derniers réellement responsables devant les personnes qui les élisent, donc modifier du tout en tout le système de gouvernement.
- Il ne suffit pas de permettre à tout individu de posséder ses outils de travail, encore faut-il qu'il soit capable de les utiliser. Il faut donc s'interroger sur les buts fixés à l'Education nationale et demander à cette dernière de ne pas se contenter de former des élites, mais de donner à chacun l'occasion d'aller jusqu'au bout de ses limites personnelles.


Toutes ces questions et bien d'autres sont abordées dans mon ouvrage et des solutions sont proposées.


Tout cela est-il utopique ? Peut-être. A vous d'en décider après avoir lu le livre "Pour sortir de Flatland" que j'ai publié chez In Libro Veritas.

Renaud Fortuner

fortuner@wanadoo.fr


Pour sortir de Flatland

En vente sur Internet à l'adresse : http://www.ilv-edition.com/librairie/pour_sortir_de_flatland.html

Le livre est proposé en version PDF (à télécharger gratuitement) et sur papier (14€ TTC).

Egalement en vente par Amazon sur son site http://www.amazon.fr (mais un message d'Amazon prétend à tort que le livre est indisponible).


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Chroniques publiées dans le Monde les 29 mars et 2 avril 2010

La première chronique présente les grandes lignes de l'ouvrage, la seconde répond à certaines critiques des lecteurs de la première.


Première chronique :

Qu'est-ce que la Gauche, en 2010 ?

 

La gauche a gagné, répètent tous les médias. En soi, c'est bien, mais qu'est ce que cette gauche victorieuse ? On peut en gros en distinguer trois composants : le parti socialiste, les partis plus ou moins ouvertement communistes et les écologistes.

 

A tout seigneur tout honneur ; voyons d'abord le PS puisqu'il est arrivé en tête. Ce parti a clairement abandonné le marxisme, ce qui est une bonne idée, et s'est engagé dans la voie de la social-démocratie, ce qui l'est moins. En effet, la social-démocratie reste dans le cadre économique du capitalisme tout en tentant de préserver les salariés des pires dérives de ce système. On peut être sceptique sur les chances qu'ont les sociaux-démocrates de réussir à donner un visage humain au capitalisme car les capitalistes auront toujours une longueur d'avance sur ceux qui tentent de réguler leurs actions : les crises successives en témoignent. Mais il y a pire. Même si on arrive à maîtriser les excès du capitalisme, on ne pourra jamais supprimer le caractère intrinsèquement pervers de ce système.

 

En effet, d'où viennent les capitaux qui permettent au capitaliste d'acheter des moyens de production et d'embaucher des salariés pour en tirer un profit ? Dans le meilleur des cas, c'est-à-dire en supposant qu'il ne les a pas volés d'une manière plus ou moins légale, cet argent a été gagné par le futur capitaliste en échange d'un travail qu'il a réellement effectué et qui lui a donc été payé. Au nom de quoi le capitaliste aurait-il le droit moral de se servir de cet argent pour en tirer de nouveaux bénéfices gagnés, eux, par le travail d'autres personnes qui, elles, ne recevraient que leur salaire ? Il est impossible d'accepter cette injustice flagrante inséparable du capitalisme et tout parti qui accepte ce système ne peut se dire de gauche. Ce sera, au mieux, un parti de centre gauche.

 

A côté du PS, on trouve le Nouveau Parti Anticapitaliste, le Front de Gauche (qui rassemble en particulier le Parti Communiste et le Parti de Gauche de Mélanchon), Lutte Ouvrière et quelques autres groupes. Il s'agit là de partis qui visent bien à supprimer le capitalisme mais qui proposent pour le faire la voie du communisme, c'est-à-dire d'un système dans lequel les moyens de production sont la propriété d'une communauté (l'Etat, le Parti, les Prolétaires, le Genre humain, peu importe), le but ultime étant, selon la formule bien connue, que chacun donne selon ses moyens et reçoive selon ses besoins. Il est clair que les gens qui se disent "de droite" rejetteront toujours cette approche parce qu'ils refuseront de perdre leur individualisme pour se fondre dans la fourmilière communiste. Je serais assez d'accord avec eux sur ce point et je ne pense pas qu'un tel système puisse jamais être accepté sans contrainte parce qu'il est profondément étranger à la nature humaine. D'autre part, on ne pourra jamais supprimer l'angélisme fondamental de cette idéologie. En effet, si tout le monde sera d'accord pour "recevoir selon ses besoins", la plupart des gens rechigneront à "donner selon leurs moyens". Il faudra donc les y contraindre ce qui nous ramènera aux dérives autoritaires et coercitives qu'ont présenté tous les états qui ont tenté de s'engager dans cette voie. Le NPA, le PC et les autres partis communistes sont bien de gauche mais ils s'entêtent dans une voie dont il a été démontré qu'elle était incapable de présenter une alternative au capitalisme viable et acceptable par tous.

 

La troisième grande force de ce qu'on appelle aujourd'hui la gauche est représentée par les partis qui se disent "écologiques" et qui font de la défense de l'environnement leur principale ligne d'action. Défendre l'environnement, c'est bien, et la situation mondiale actuelle montre qu'une telle action est à la fois indispensable et urgente. Cependant, la défense de l'environnement en soi ne dit rien sur le système économique que l'on veut appliquer. Le programme d'Europe écologie parle de taxe Tobin, donc accepte l'existence de la Bourse, et de la présence de salariés dans les conseils d'administration, donc accepte l'existence d'entreprises capitalistes. On retombe dans la dérive évoquée plus haut dans le cas du Parti socialiste.

 

Bref, en 2010 la gauche française donne aux électeurs le choix entre un capitalisme soi-disant apprivoisé et diverses variantes du communisme. Qui peut s'étonner que l'abstention soit si élevée ?

 

Ce qui manque à la gauche et à tous ceux qui sont dégoûtés des deux idéologies traditionnelles, c'est un système qui serait à la fois anticapitaliste et anticommuniste, un système qui viserait à donner aux gens qui travaillent la propriété des moyens de production dont ils se servent.

 

C'est bien entendu ce que proposent divers groupuscules et associations qui veulent développer l'autogestion et les coopératives de producteurs. L'ennui, c'est que, dans l'état actuel des choses, les salariés qui voudraient sortir du capitalisme et créer des coopératives ne disposent que de leurs salaires, c'est-à-dire de pas grand chose. Ils peuvent espérer créer une petite entreprise mais certainement pas racheter Total ou EADS.

Une solution serait de créer une banque communautaire alimentée par l'impôt et prêtant de l'argent aux personnes souhaitant créer une coopérative de producteurs (ou développer une coopérative existante). Cette banque servirait en priorité à racheter les entreprises sabordées par les capitalistes ou délocalisées pour les rendre aux employés menacés par un "plan social" mais elle devrait également pouvoir reprendre peu à peu la totalité des entreprises et des moyens de production et les rendre à ceux qui s'en servent réellement pour leur travail.

Cette idée très simple pose toutes sortes de problèmes :
- S’il faut que l’impôt finance les coopératives de producteurs, il va falloir l’augmenter, ce qui ne plaira pas aux contribuables. Il faut donc s’interroger sur les moyens de rendre l’impôt acceptable et pour cela le modifier du tout au tout.
- Le financement des coopératives de producteurs par l’Etat risque de renforcer encore les pouvoirs de nos dirigeants. Il faut donc s’interroger sur les moyens de rendre ces derniers réellement responsables devant les personnes qui les élisent, donc modifier du tout au tout le système de gouvernement.
- Il ne suffit pas de permettre à tout individu de posséder ses outils de travail, encore faut-il qu’il soit capable de les utiliser. Il faut donc s’interroger sur les buts fixés à l’Education nationale et demander à cette dernière de ne pas se contenter de former des élites, mais de donner à chacun l’occasion d’aller jusqu’au bout de ses limites personnelles.

Chacun de ces points soulève de nouvelles questions qu’il ne m’est pas possible d’évoquer ici (voir http://genisys.prd.fr/Flatland.html).

J'ai proposé cette solution depuis deux ans à diverses personnalités politiques, aux syndicats, et même à des commentateurs des médias, mais, à part quelques accusés de réception sans suite, seul m'a répondu un silence assourdissant.

Il est possible que je ne sois qu'un rêveur à l'esprit fumeux qui s'imagine avoir démontré la quadrature du cercle mais ma proposition a le mérite d'exister. Quand les partis de gauche cesseront-ils de se perdre en manœuvres électorales et en querelles de personnes pour se décider enfin à définir un système anticapitaliste acceptable par tous, c'est-à-dire un système qui soit également anticommuniste ?

Deuxième chronique :

Qu'est-ce que la gauche, en 2010 ? (deuxième partie)

La publication le 29 mars dernier d'une chronique portant le même titre a provoqué un certain nombre de réactions auxquelles je réponds sous la forme d'une seconde chronique (voir aussi http://genisys.prd.fr/Flatland.html qui résume le livre que j'ai publié sur ce sujet).

La critique la plus intéressante, pour moi, est celle-ci, qui porte sur le fond de mon propos : "En quoi la propriété des moyens de production par les travailleurs de l'entreprise (…) est plus juste que la propriété par des capitalistes ou par l'Etat ? Les coopérateurs et les mutualistes sont aussi avides que les capitalistes…"

Il est vrai que la propriété des moyens de production par l'Etat serait le système le plus juste si ce but louable n'avait pas des conséquences que je n'accepte pas. L'idéal communiste est admirable mais il faudrait pour le mettre en œuvre que les hommes soient tous des saints, prêts à se dévouer pour le bien de la communauté. "De chacun selon ses moyens" : franchement, je n'y crois pas et on ne fera jamais admettre cette idée aux gens de droite attachés à l'individualisme et aux gains que doit apporter un travail honnête. Le communisme ne peut être mis en œuvre que par la force et le but ne justifie jamais les moyens.

En revanche, je ne vois pas comment on peut mettre sur le même pied la propriété par les travailleurs et celle par les capitalistes. Que les coopérateurs soient aussi avides que les capitalistes, c'est évident, ce sont tous des hommes ! La différence, c'est que, eux, ils assouvissent leur avidité en mettant les mains dans le cambouis tandis que les capitalistes se contentent de passer des coups de téléphone à leur trader. 

D'autres critiques portent sur la capacité des travailleurs à faire fonctionner une entreprise ("Des mutuelles ont prospéré, des coopératives agricoles également, aucune coopérative de production.") et sur mon expérience en la matière "Je me demande si l'auteur a déjà fait partie ne serait-ce que d'un syndic de copropriété...".

Il est vrai que je n'ai jamais eu la "chance" de faire partie d'un syndic de copropriété et que je n'ai jamais travaillé dans le privé. En revanche, j'ai été fonctionnaire de l'état californien pendant 13 ans et j'ai pu constater que les employés auraient été mieux capables d'organiser leur travail que les petits chefs qui les dirigeaient. Il aurait fallu pour cela qu'on leur laisse la liberté de le faire -- et qu'ils en tirent profit, si on se remet dans le cadre des coopératives de producteurs. D'ailleurs, les coopératives de production (SCOP) se portent très bien en France et en Europe.

Les discussions sur la compétitivité des deux formes d'entreprises tournent vite au dialogue de sourds si on omet de préciser le critère selon lequel on mesure cette compétitivité. Pour une entreprise capitaliste, le but est de rémunérer les investisseurs. Une coopérative de production n'a, elle, qu'à assurer le pouvoir d'achat de ses membres. La première devra gagner suffisamment pour payer un salaire à ses employés et rémunérer en plus des oisifs improductifs. La seconde pourra gagner moins puisqu'elle ne comportera que des travailleurs actifs. Notons au passage que, dans une coopérative, les coopérateurs gagnent réellement plus lorsqu'ils travaillent plus, ce qui est une incitation à bien faire plus rentable que tout le harcèlement qu'une entreprise capitaliste peut faire subir à ses salariés.

Il est possible que les critiques citées ci-dessus portent sur l'incapacité d'un groupe de personnes à s'accorder pour aboutir à des décisions logiques. Je suis très conscient de ce problème mais je sais aussi que des techniques de discussion ont été élaborées, dans le privé justement, pour assurer le bon fonctionnement d'un groupe. J'ai évoqué cet aspect du problème dans mon livre et j'ai également indiqué qu'il était nécessaire que ces techniques soient enseignées dans les écoles pour que les enfants apprennent dès leur plus jeune âge à débattre pour élaborer un consensus sans s'engueuler.

D'autres correspondants parlent de la portée géographique de mon système : "ce que vous proposez n'est pas crédible pour la première et bonne raison que la révolution socio-économique dans un seul pays ne tient pas la route" et "Reposez-vous les mêmes questions dans un monde fini (compétition pour les ressources), mais pas avec une vue d'occidental nanti (y compris au SMIC), mais celle d'un père de famille vivant dans un bidonville de Bombay ou une favela de Rio."

Il est évident qu'il n'est pas question de se limiter à la France. Je parle de la France puisque c'est mon pays et que c'est celui que je connais le mieux mais il est évident que ma solution ne pourrait être appliquée qu'à l'échelle de l'Europe en attendant le monde entier. Dans un autre site, http://genisys.prd.fr/Europe.html, je propose une fédération de provinces européennes dans laquelle "tous les impôts actuels, nationaux et locaux, sont supprimés et remplacés par un impôt fédéral unique, proportionnel et progressif, payé par chaque citoyen européen en fonction de son revenu. L'argent est utilisé d'abord pour les programmes européens (défense, etc.), puis le reste est distribué aux collectivités locales pour l'éducation, les programmes locaux, les sports, les arts, etc., cette distribution étant faite proportionnellement au nombre de personnes concernées."

Quant aux habitants des bidonvilles et autres favelas, ils seraient les premiers bénéficiaires de mon système puisqu'on trouve ce type d'habitat dans des pays dont les richesses sont très mal réparties. Une banque communautaire alimentée par les impôts payés, entre autres, par les riches permettrait aux plus pauvres de créer leur coopérative et d'avoir enfin des revenus décents. Nous n'en sommes pas là mais rien n'empêche d'établir ce système en Europe en espérant qu'il fasse école.

Autre commentaire : "Si ce qu'il disait correspondait si parfaitement à la nature humaine, toute personne ayant les moyens de créer son entreprise le ferait, ce qui n'est pas le cas." Mon but, c'est de permettre à chacun de créer une coopérative, même ceux qui n'en ont pas les moyens. Je pense en particulier aux employés de toutes les usines que l'on ferme alors qu'elles marchaient bien, à tous ceux des entreprises délocalisées. Ne pensez-vous pas qu'ils seraient heureux qu'on leur permette de récupérer ces moyens de production et de pouvoir ainsi conserver leur emploi et leur revenu ? Dans l'état actuel des choses, il serait effectivement envisageable pour eux d'essayer de réunir l'argent nécessaire par des emprunts aux familles, aux amis, aux banques, ou par l'accumulation de capital progressive par des prélèvements mensuels de quelques centaines d’euros, comme le suggère le site http://www.autogestion.coop, mais qui osera se lancer dans une telle entreprise ? L'approche que je propose permet de résoudre ce problème.

Enfin l'auteur de la remarque "Pour mettre votre idée en œuvre, il faut fermer les frontières, empêcher la contrebande et le marché noir : il faut donc un état policier!!!" supposait que je voulais résoudre la question du chômage par l'interdiction du licenciement. Pas du tout. Selon moi, si une coopérative ne marche pas, elle doit licencier une partie de ses membres ou même disparaître. Les personnes qui se retrouvent ainsi au chômage peuvent alors demander à la banque communautaire les fonds nécessaires pour créer une nouvelle coopérative dans un secteur plus porteur. Actuellement, que fait-on en période de crise : on licencie, donc on réduit le nombre des acheteurs potentiels des produits des entreprises. C'est vraiment un système à la con ! Avec mon système, à moins d'un effondrement total de la société, il existera toujours des gens qui payent un impôt et cet impôt servira à redonner du travail aux chômeurs, donc à augmenter le nombre de contribuables. On a donc un cycle vertueux au lieu du cercle vicieux des entreprises capitalistes.

 

Pour conclure, je répondrai au lecteur qui se demande si je suis un jeune étudiant idéaliste que j'ai 66 ans et que ça fait quarante ans que je cogite sur ces questions pour essayer de sortir du royalisme de mes parents sans pour autant embrasser les doctrines communistes. Ayant découvert Proudhon dans les années 80, j'ai vite vu que son idéal coopératif était limité par la pauvreté des ouvriers. J'ai alors pensé au financement des coopératives par l'impôt mais j'ai découvert toute une cascade de problèmes que j'ai essayé de résoudre l'un après l'autre en modifiant l'impôt, le gouvernement, l'héritage et le système éducatif pour aboutir à un système que je pense cohérent. En tout cas, les rares personnes qui ont pris le temps de lire mon livre m'ont avoué qu'elles n'y avaient pas trouvé de faille. ("T'es énervant, chaque fois qu'on croit t'avoir coincé sur un point, on trouve la réponse deux pages plus loin"). Le problème, c'est que mes lecteurs se comptent sur les doigts d'une main. Je remercie les personnes qui ont pris la peine de commenter ma première chronique mais ils ne sont que 17. Depuis la publication de ce texte, seulement une cinquantaine de lecteurs du Monde ont visité le site où se trouve le résumé de l'ouvrage. J'en conclus donc que ma proposition n'a aucune chance de se répandre.

 

Et pourtant nous sommes en pleine crise. Les gens perdent leur emploi et ils se détournent des partis politiques traditionnels qui ne leur offrent que des luttes de personnes ou des solutions qui se sont déjà avérées inefficaces. Le populisme gagne du terrain. Va-t-on attendre une explosion ou quelqu'un va-t-il enfin s'atteler au problème : le capitalisme, y'en a marre, le communisme, non merci, l'écologie n'est pas une doctrine économique, alors que faut-il faire ? Personne ne veut entendre ce que je raconte. Très bien, entre nous, ça ne m'étonne pas, mais alors bon dieu, sortez-vous les doigts du cul et proposez autre chose.


Résumé de l'ouvrage


Pour donner une idée du contenu du livre, j'en ai tiré quelques passages que vous trouverez ci-dessous. Bien entendu, ces indications sont très sommaires et, si vous n'êtes pas d'accord avec l'une de mes propositions, je vous recommande d'aller lire dans le livre complet le passage correspondant, il contient peut-être déjà ma réponse à vos objections.

 

Depuis la sortie de l'ouvrage, en décembre 2008, j'ai prévu d'y apporter diverses corrections et additions. Je les mentionne ci-dessous en les signalant par le titre "Ajout pour une future édition".


Pour sortir de Flatland

Renaud Fortuner


INTRODUCTION

 

Le capitalisme et le marxisme enlacées dans une lutte à mort depuis un siècle ont tous deux péri pour donner naissance au système sous lequel nous vivons, une sorte de capitalisme adouci par l'Etat socialisant. Si l'on en croit 5 000 ans d'histoire, les choses n'en resteront pas là et une nouvelle idéologie apparaîtra un jour. Je trouve seulement qu'elle prend son temps et que les maîtres à penser habituels semblent plus intéressés à pérorer qu'à définir un système neuf

 

Puisque personne ne s'y colle, je propose aux habitants de Flatland une autre dimension qui n'est ni le capitalisme, ni le marxisme, ni surtout cet être hybride que l'on appelle la social-démocratie.

 

Morale et biologie

 

L'idéologie que je propose se veut fondée sur des règles morales, pour éviter l'erreur des communistes qui ont cru que la fin justifiait les moyens.

 

L'homme est une espèce grégaire ayant une forte agressivité et un instinct territorial très développé. Donnez-lui de quoi exercer son sens de la possession, ajoutez à cela l'intelligence et une tendance naturelle à fabriquer des outils — donc des armes — et vous obtenez un mélange assez détonnant qui aurait dû faire rapidement disparaître une espèce aussi inventive dans l'art de se massacrer elle-même.

 

Si elle persista, ce fut grâce à un phénomène adaptatif remarquable, le développement de la conscience, conscience de soi et conscience de l'autre. Seul de tous les animaux (excepté peut-être le chimpanzé et, qui sait, les cétacés), l'homme apprend au cours de son enfance et de son adolescence à reconnaître en l'autre un autre lui-même. Si l'autre est moi, il a les mêmes sentiments et les mêmes besoins que moi. Si je le tue ou si je lui prends ses biens ou sa dignité, c'est moi que je tue ou que je spolie.

 

Mon idéologie est donc basée sur une approche biologique de la morale, dont le principe fondamental est que j'accorde à tout homme l'importance que je m'accorde à moi-même.


[Note aux lecteurs éventuels du présent résumé : il s'agit d'un résumé, ce qui  veut dire que les quelques lignes qui précèdent sont tirées d'un chapitre beaucoup plus long. Elles ne sont destinées qu'à titiller votre curiosité et elles ne peuvent en aucun cas remplacer la lecture du texte complet. N'hésitez-pas, il est téléchargeable gratuitement et mes rares lecteurs s'accordent à dire qu''il se lit facilement ! La même remarque s'applique, bien sûr, à chacun des paragraphes ci-dessous.]

 

Chapitre 1 - LE TRAVAIL


Ajout pour une future édition : bien poser en introduction la question fondamentale de la propriété des moyens de production.

 

Les idéologies traditionnelles



Le système capitaliste

 

Pour qu'il y ait production il faut trois personnes ou types de personnes : un entrepreneur qui crée une entreprise, des investisseurs qui lui fournissent des capitaux et des gens qui effectuent l'acte productif proprement dit.

 

Pour créer son entreprise ou pour la développer, l'entrepreneur a souvent besoin d'argent. S'il n'en a pas lui-même, il doit en demander à des investisseurs qui apportent de l'argent mais pas de travail. Cet argent a été forcément produit par une autre entreprise, antérieure à la présente. Cette entreprise antérieure a bien évidemment rétribué les investisseurs, puisqu'ils disposent d'argent à investir. Au nom de quoi les investisseurs reçoivent-ils une nouvelle rétribution pour cet argent fossile, puisqu'ils ont déjà été payés ? C'est une injustice flagrante puisque certains sont payés deux fois tandis que d'autres, les producteurs, ne reçoivent qu'un salaire fixe pour leur travail. La justification du capitalisme est purement pratique : si les investisseurs ne tiraient aucun bénéfice de leur argent fossile, ils n'auraient aucune raison de le prêter à l'entrepreneur. C'est un raisonnement purement circulaire qui justifie les capitalistes par le capitalisme et le seul moyen d'en sortir, c'est de supprimer à la fois les capitalistes et leur système.

 

Le système communiste

L'erreur fondamentale de Marx a été d'ignorer la nature biologique profonde de l'espèce humaine et de prendre pour artefacts de la société bourgeoise les caractéristiques dont je parlais en introduction : sens territorial aigu très ancien et développement récent de l'altruisme. En supprimant la propriété individuelle, Marx nous empêche de marquer notre territoire. En donnant toutes les responsabilités à une entité nationale (l'état, le parti, le prolétariat, appelez ça comme vous voulez), il élimine la nécessité de se battre. Le marxisme offre à l'homme la sécurité dont jouissent les animaux d'un zoo.

S'il peut donner libre cours à ses penchants naturels, H. sapiens se taille un domaine en écrasant ses voisins (à moins que ceux-ci ne soient plus rapides à lui faire subir le même sort). A l'inverse, si on lui donne chaque jour sa pâtée, il se couche et digère en ronflant toute la journée.

L'autogestion

 

L'autogestion, idée que l'on peut faire remonter à Fourier et surtout à Proudhon et qui a été ressuscitée en France après mai 68, est à première vue très tentante et le système que je proposerai plus bas reprend certains de ses aspects, en particulier le rejet de la notion d'autorité fondée sur la propriété, qu'elle soit le fait d'actionnaires ou de l'état, et la décentralisation des décisions

Cependant, la nationalisation générale qu'implique la mise en œuvre de ce système m'effraie. Une entreprise aussi révolutionnaire est une proie tentante pour la réaction centralisatrice. Une fois l'économie tout entière nationalisée, il est trop facile à l'état de s'appuyer sur son rôle de représentant de la nation pour s'en emparer. Ce qu'il faut inventer en somme, c'est l'autogestion sans nationalisation et sans révolution.

Ajout pour une future édition : Le paragraphe ci-dessus mérite d'être développé en précisant les différences entre l'autogestion et le système que je préconise. En fait, l'autogestion ne résout pas le problème de la propriété des moyens de production. On peut faire de l'autogestion de deux manières : lce système peut être imposée par le haut, à la suite d'une révolution qui donne à l'état la propriété de tous les moyens de production (c'est en cela une variante du communisme), ou elle peut être instaurée par le bas, par la constitution progressive de coopératives autogérées. La première solution ne me tente pas d'une part en raison du passage obligé par une révolution plus ou moins violente, d'autre part parce que l'idée même de donner aux travailleurs leur outil de travail est contre-productive. La nature humaine étant ce qu'elle est, les gens s'accommodent très mal des choses qu'ils reçoivent "toutes rôties dans le bec", surtout si ces choses, ces outils de travail dans le cas présent, restent la propriété de l'état et qu'ils n'en ont que l'usage. De plus, l'égoïsme naturel de l'homme fait qu'il accepte mal de travailler pour le bien de la communauté et qu'il hésitera donc à accepter tout système qui ne lui permet pas d'espérer un enrichissement personnel. La seconde solution bute sur le problème de l'achat des moyens de production, thème principal du présent ouvrage.


La coopérative de producteurs

 

Une solution serait de remettre à la mode les coopératives de producteurs.

 

La principale cause d'échec du système coopératif est liée à son mode de financement. Une coopérative de producteurs est l'association volontaire de personnes qui mettent leurs ressources en commun pour arracher aux capitalistes la propriété de leurs moyens de production. L'ennui, c'est qu'au moment de la création de la coopérative, les producteurs sont encore sous la coupe des capitalistes et qu'ils ne disposent donc que de leur salaire. Si celui-ci suffit à leurs besoins quotidiens, il ne permet pas de rassembler la masse d'argent nécessaire à la constitution d'une entreprise moderne. La coopérative pourrait espérer s'en tirer en rassemblant un grand nombre de personnes, chacune apportant quelques sous jusqu'à ce que l'addition de ces sommes pitoyables atteigne le montant nécessaire. Il est possible que cela marche dans l'enthousiasme des débuts mais que viennent les premières difficultés et chacun reprend sa mise.

 

Il faut trouver un système qui permette à chacun de trouver sa place tout en cultivant cette conscience des autres qui est notre seule chance d'éviter la disparition de notre espèce. Il faut que ce système permette le libre développement des qualités individuelles tout en empêchant les plus doués de profiter de ceux qui sont moins favorisés par la nature et il faut que ce système donne à tous une raison de faire de son mieux. Il faut enfin que sa mise en œuvre soit rendue possible par une méthode de financement réaliste.


Ajout pour une prochaine édition : J'ai constaté que certains lecteurs ne vont pas plus loin et se contentent de coller une étiquette ("c'est de l'anarchisme", "c'est de l'anarcho-syndicalisme") sans étudier ce que je propose réellement. Etymologiquement, anarchisme désigne une doctrine politique (arkhos = chef, anarkhia = absence de chef) et non une doctrine économique. On pourrait inventer l'anarcho-capitalisme ! (Parler à ce propos des "libertarians" américains qui me semblent assez bien correspondre à un tel concept).
Ce que je propose est d'abord un système économique (propriété des moyens de production), ce que je dis plus bas sur le pouvoir n'étant que secondaire. D'autre part, les anarchistes demandent l'abolition de l'Etat, ce qui n'est pas mon cas. Je demande en effet que le pouvoir soit donné aux individus, non qu'il disparaisse. Je conserve également la possibilité de l'enrichissement individuel, à condition qu'il soit le résultat d'un travail réel. 


 

Chapitre 2 - LA COOPÉRATIVE DE PRODUCTEURS

 

Ce que je propose, c'est une coopérative de producteurs délivrée des causes traditionnelles d'échec de ces associations, c'est une coopérative qui ne comprend que des coopérateurs et aucun salarié, c'est une nouvelle approche de la direction de l'entreprise par le concept de la responsabilité des tâches individuelles et c'est surtout une source de financement qui évite d'avoir recours au système capitaliste tout en assurant le volume financier nécessaire à la création et au développement de coopératives de producteurs de toutes les tailles,

 

Ajout pour une future édition : Ajouter une comparaison entre la coopérative dont je parle ici et les SCOP (sociétés coopératives de production) : source de financement, bien sûr, mais aussi le problème de l'existence de salariés non membres des SCOP. Dans le système que je préconise, toutes les personnes qui travaillent dans la coopérative de producteurs sont des coopérateurs et il n'y a aucun salarié.

 

Les droits et les devoirs des associés

La coopérative de producteurs que je propose n'a pas de salariés, elle n'a ni patrons, ni subordonnés. C'est une association librement consentie entre des personnes qui, si elles ont toutes des tâches différentes, ont toutes les mêmes droits, y compris et surtout le droit à la dignité. Chaque associé est responsable de sa tâche et n'a à rendre compte à ses collègues que de ses résultats.

Dans le système coopératif, l'entrepreneur et les divers types de producteurs ont les mêmes responsabilités que celles que le patron et ses employés ont aujourd'hui dans une entreprise de type capitaliste.

 

Le salaire

Chaque associé reçoit un salaire qui est comptabilisé en tant que frais de personnel, exactement comme cela se fait à l'heure actuelle.

Le salaire versé aux associés reflète les compétences de chacun, l'ingénieur de génie recevant plus que le concierge. Encore une fois, rien n'est changé, sauf peut-être la manière de chiffrer ces compétences.

Le salaire de chaque associé doit être calculé en fonction d'un certain nombre de facteurs objectifs (niveau d'étude ou nombre d'heures de travail par exemple) ou subjectifs (poids des responsabilités attachées au poste, peine physique, etc.).

 

Les bénéfices

 

Les bénéfices, de façon très classique, sont ce qui reste lorsque tous les frais, y compris les salaires, ont été déduits du revenu brut.

 

La répartition des bénéfices peut se faire très simplement, chaque associé recevant une part des bénéfices proportionnelle à son salaire.

 

La création d'une coopérative de producteurs

 

Qui peut créer une coopérative de producteurs ? La réponse directe est simple : n'importe qui ! En fait, la création d'une coopérative de producteurs peut se faire d'une manière très semblable à celle d'une société capitaliste traditionnelle. Quelqu'un, l'entrepreneur, a une idée et réunit les personnes nécessaires à sa mise en œuvre. Ces futurs associés sont choisis selon les critères habituels : diplômes, expérience, qualités personnelles, etc. Une fois l'équipe réunie et le projet défini, il reste à la coopérative en gestation à obtenir le financement qui lui permettra de naître.

 

Puisque nous nous sommes débarrassés du capitalisme et puisque les futurs associés disposent rarement des fonds dont ils ont besoin, cet investissement ne peut venir que de la communauté. Dans le système que je propose, l'argent nécessaire provient de l'impôt sur le revenu et des droits de succession.

 

Ajout pour une future édition : Parler de la mobilité des travailleurs ; que se passe-t-il quand un membre d'une coopérative décide de s'en aller ? Donner la réponse après le chapitre sur le financement des coopératives par l'impôt.

 

Chapitre 2 - L'IMPOT

L'impôt est-il nécessaire ? Oui, malheureusement ! Encore faut-il qu'il soit moralement juste et équitable, c'est-à-dire que les plus riches payent proportionnellement plus que les plus pauvres et que, à tous les niveaux de ressources, à revenu identique, impôt identique, quelle que soit l'origine de ce revenu. Il faut en outre que les contribuables soient capables de payer l'impôt qui leur est demandé.

Dans ce chapitre, je montrerai que seul l'impôt sur le revenu des personnes physiques est capable de répondre aux critères ci-dessus.

La forme de l'impôt

 

L'impôt est-il nécessaire ?

 

Il faut un Etat, et donc des ressources permettant de financer les activités de cet Etat. Il n'est pas question qu'il assume toutes les activités de la communauté, y compris les activités économiques, mais il doit garantir une égalité de chances à chacun (éducation, santé), être le garant du fair-play des acteurs de la vie économique et sociale (relations entre entreprises et travailleurs, relations entre entreprises et communauté, respect de l'environnement) et assurer les fonctions publiques telles que recherche, infrastructure, etc. Les dépenses de santé doivent perdre leur statut particulier et être considérées comme dépense ordinaire, alimentée par l'impôt général unique, ce qui nous débarrasse au passage d'une grande partie de l'administration de la Sécurité Sociale. L'impôt devra également couvrir les dépenses correspondant à l'assurance nationale et aux retraites. A ces dépenses traditionnelles, il faudra ajouter la somme nécessaire à la création des coopératives de producteurs et au financement de leurs investissements.

 

Impôt de répartition

Traditionnellement, le gouvernement commence par établir un budget, c'est-à-dire par engager certaines dépenses, puis il espère que les divers impôts et charges qu'il prélève lui amèneront suffisamment d'argent pour couvrir ces dépenses. L'existence du déficit budgétaire montre bien que c'est rarement le cas.

Une autre façon de voir les choses est d'établir d'abord un budget prévisionnel, puis de décider que l'impôt sera égal à ce budget. Il ne reste alors qu'à répartir ce produit prédéfini entre les contribuables, ce qui explique que ce type d'impôt est appelé impôt de répartition.

 

Impôt sur le capital ou impôt sur le revenu ?

 

Si l'on ne taxait que le capital, seuls les possesseurs de capital paieraient bien cet impôt dans un premier temps, mais ils se rembourseraient ensuite sur leurs clients. Ceci aboutirait en somme à une super T.V.A.

 

Sur le plan pratique, pour payer un impôt sur le capital, il faut de l'argent. D'où tirer cet argent ? Certainement pas du capital. Soit ce capital est immobilisé en installations, machines, etc., et il est donc impossible d'y toucher, soit il constitue le fond de roulement indispensable à la bonne marche de l'entreprise. On ne peut payer l'impôt sur le capital qu'avec l'argent produit par ce capital, c'est-à-dire avec les revenus.

 

Impôt proportionnel ou impôt progressif ?

 

A première vue, l'impôt proportionnel semble plus juste : la charge de l'impôt est proportionnellement la même pour tous.

Personnellement, l'idée d'un impôt strictement proportionnel me révolte. Reprenons l'exemple d'un impôt fixé à 20 % du revenu : le smicard qui ne gagne que mille euros par mois devrait en verser 200 (et vivre avec 800 euros par mois) tandis que le P.D.G. qui a touché un million dans le même temps garderait encore 800 000 euros après avoir payé l'impôt. Chez le premier, l'impôt mange une partie d'un revenu qui était déjà si maigre qu'il ne lui permet pas de vivre, chez l'autre, il ne représente qu'une certaine diminution d'un mode de vie luxueux.

Il me paraît donc moralement juste que l'impôt soit progressif, c'est-à-dire qu'une personne ayant des revenus modestes ne paye en impôt qu'un faible pourcentage de son revenu et que ce pourcentage augmente lorsque le revenu augmente.

 

Impôt direct ou impôt indirect ?

Tout impôt indirect est fondamentalement proportionnel, donc injuste, en dépit de tous les ajustements qu'on peut lui faire subir (par exemple, exempter de TVA les produits de première nécessité).

Il faut donc supprimer tous les impôts indirects, y compris ceux qui sont prélevés sur les bénéfices industriels et commerciaux, la TVA, la vignette auto, la redevance télé, la sécurité sociale, les prélèvements pour la retraite, pour le chômage, pour le veuvage et tous les autres, et remplacer tout ce fatras par le seul impôt direct sur les revenus personnels.

 

Le calcul de l'impôt

 

Je préconise un impôt unique sur le revenu des personnes physiques, direct et progressif, établi en répartissant les dépenses nationales entre tous les contribuables selon une formule mathématique et fondé sur une évaluation aussi précise que possible des revenus de chaque personne établie à l'aide d'un suivi informatique de tous les actes économiques.

 

L'évaluation des revenus

 

Il est techniquement faisable de suivre à la trace toutes les transactions effectuées à l'échelle fédérale pour obtenir une estimation réaliste des bénéfices des entreprises et suivre ces bénéfices jusqu'à ce qu'ils soient empochés par une personne, qui est alors bien obligée de les déclarer comme revenus.

 

Les abattements

 

S'il faut vraiment récompenser les gens qui dépensent bien et punir ceux qui dépensent mal, soit, faisons-le, mais ne mélangeons pas cela avec les impôts. Gardons à l'impôt sa pureté virginale et sa simplicité selon le système qui a été défini ci-dessus et utilisons pour les récompenses et les punitions d'autres termes (et des systèmes indépendants)

 


Le montant à payer

 

Cas général

 

Courbe impôt 72NB

 

La courbe de l'impôt débute au-dessous de l'axe des x (point RMI) où elle équivaut à un impôt négatif. La personne ayant un revenu nul (x = 0) touche une somme qui lui permet de survivre, équivalente du RMI actuel (qui disparaît donc)

 

Lorsque cette personne gagne un petit revenu qui reste inférieur à une somme correspondant au SMIC actuel, l'impôt négatif qu'elle touche commence à diminuer mais de manière à ce que la somme du revenu gagné et de l'aide qu'elle continue de recevoir soit supérieure au montant du revenu minimum seul.

 

La courbe coupe l'axe des revenus en un point qui correspond en gros au SMIC actuel, recalculé en tenant compte de la disparition des autres formes d'impôt et en particulier de la TVA. La personne qui gagne exactement cette somme ne reçoit plus aucune aide mais elle n'est pas encore imposée.

 

A mesure que le revenu s'élève, le pourcentage prélevé s'élève lui aussi. La courbe de l'impôt est calculée pour que le Français moyen se retrouve avec la même imposition globale que celle qu'il supporte aujourd'hui (tous impôts directs et indirects confondus).

L'augmentation du pourcentage des prélèvements se ralentit peu à peu lorsque le revenu continue d’augmenter. Lorsque le pourcentage de prélèvement maximal est atteint, la courbe de l'impôt devient une droite dont la pente correspond à ce pourcentage de prélèvement maximal.

 

Les enfants et les jeunes

 

Les enfants reçoivent l'impôt négatif qui est versé à leurs parents à la place des allocations familiales. (Tiens, encore une administration qui disparaîtrait !)

 

Pour les étudiants, l'impôt négatif est complété par un prêt qui permet au revenu de l'étudiant d'atteindre le revenu moyen (ou plutôt le revenu médian) de sa classe d'âge. Naturellement, ce prêt est remboursable après l'entrée dans la vie active.

 

Les chômeurs

 

Le plus simple est de supprimer le problème en supprimant son origine – le chômage lui-même – en permettant aux chômeurs de créer leur propre coopérative de producteurs s'ils se trouvent dans une situation qui ne leur permet pas de retrouver un emploi. Un prêt chômage semblable au prêt étudiant permettrait au chômeur de conserver un certain revenu pendant la période transitoire.

 

Le mode de prélèvement de l'impôt

 

L'impôt direct unique ne sera bien accepté que sous deux conditions : d'une part que les gens soient d'accord avec la façon dont leur argent est employé, d'autre part qu'ils soient capables de payer l'impôt.

 

Il lui est facile de calculer l'impôt dû par chacun et de le prélever automatiquement. Le salaire et la part de bénéfice des coopérateurs sont versés le dernier jour du mois à minuit et l'impôt est prélevé le premier jour du mois suivant à zéro heure. Ce qui reste au matin dans le compte bancaire est le revenu net. Vous n'avez plus à vous préoccuper de votre revenu brut qui n'a fait que passer dans un crépitement d'électrons et que vous ne verrez jamais.

 

Chapitre 4 - L'HERITAGE

 

Les contribuables réconciliés avec l'impôt accepteront-ils de payer davantage pour assurer le financement des coopératives ? On peut l'espérer car, en fin de compte, c'est à eux et à leurs enfants que profitera cet argent.

Il n'en reste pas moins que le système que je propose représente donc une somme énorme. A la limite, il faudrait que la communauté rachète toutes les entreprises privées et finance la création de compagnies permettant l'emploi de tous les chômeurs. Il est évident que cela ne pourra pas se faire en un jour, ni même en un an.

Il faut se résigner à ne prévoir qu'une mise en place partielle du système tant que la preuve de son succès n'aura pas été faite. Le jour où la demande d'entrée dans le système coopératif deviendra clameur, gonflée de tous les dossiers insatisfaits par manque de fonds, il deviendra possible de proposer au pays l'apport d'une deuxième source de revenus, celle qui viendra d'une réforme de l'héritage.

 

Le droit à posséder

 

Il est évident que nous avons des droits sur ce que nous acquérons par notre travail au cours de notre vie. Rejeter ce droit comme l'ont fait les communistes aboutirait au désastre que l'on sait. Sur le plan biologique, il est nécessaire d'admettre la nature profondément territoriale d'Homo sapiens.

 

La véritable question est de savoir si ce droit s'étend au-delà de la mort.

 

Il est évident que les enfants de personnes riches ou aisées possèdent un avantage énorme sur les fils de pauvres, toutes autres choses étant égales. Pourquoi faut-il donc aggraver cette inégalité de naissance en donnant au rejeton de parents riches des biens pour lesquels il n'a eu d'autre peine que celle de naître dans une famille comme il faut ? Il est plus juste et plus moral que ces richesses soient redistribuées équitablement à l'ensemble de la communauté.

 

La redistribution des biens économiques

 

Les biens à redistribuer sont ceux qui constituent la vie économique de la communauté : l'argent et surtout les entreprises industrielles et commerciales. Tous ces biens économiques appartiennent à quelqu'un, propriétaire, actionnaire ou société financière. Au décès de l'une de ces personnes physiques, son argent, son commerce ou son usine, ses actions ou ses capitaux doivent revenir à la communauté. Grâce au système coopératif, la communauté redistribue alors ces biens de façon aussi équitable que possible entre tous les membres de la nouvelle génération, quelle que soit leur origine familiale.

 

Conséquences de la réforme de l'héritage

 

Il n'est pas nécessaire d'augmenter l'impôt dans des proportions excessives pour financer le rachat de toutes les entreprises existantes : il suffit d'attendre une génération et le passage de la génération actuelle de propriétaires. Les biens sont alors rendus à la communauté qui pourra les attribuer aux nouveaux producteurs.

Avec le système coopératif, la disparition de l'héritage des biens économiques n'est pas un sacrifice aussi grand qu'il le serait dans le système capitaliste, où seuls survivent les plus forts et les mieux armés. En effet, la communauté permet à chaque membre de la nouvelle génération de s'établir grâce aux biens qu'elle reçoit de la génération de ses aînés. Vos enfants ne partiront pas de zéro. Ils hériteront en quelque sorte, mais pas de vous. La grande différence est que chacun débutera dans la vie avec les mêmes chances et pourra atteindre un niveau de vie correspondant à ses aptitudes et à son travail réel.

Chapitre 5 - LE POUVOIR

Les coopératives de producteurs que je propose seront donc financées par la communauté avec l'argent tiré de l'impôt et de l'héritage. On doit cependant s'interroger sur la manière dont sera décidée l'attribution des fonds : qui va décider quels projets de création de coopérative ou de développement de coopérative existante doivent être financés et quels projets doivent être rejetés ? L'argent appartient à une communauté, commune, province, nation, fédération, c'est donc à cette communauté de décider de cette attribution. Ceci fait apparaître des dangers : risque de voir la bureaucratie devenir encore plus tentaculaire que ce qu'elle est actuellement, risque de népotisme et de favoritisme de la part des responsables de cette répartition, risque de dérive mafieuse enfin.

A cela je ne vois qu'une solution : donner enfin le pouvoir aux individus et établir pour la première fois dans l'histoire un système comportant trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) réellement indépendants les uns des autres et réellement contrôlés par les individus et non par une oligarchie quelconque.

 

Les systèmes de gouvernement

 

Monarchie

La monarchie, c’est le pouvoir (du grec arkhein, commander) d’un seul (mono). Un dictateur ou un tyran peut jouir du pouvoir absolu et, de nos jours, certains présidents élus sont des monarques de fait.

 

Oligarchie

Dans une oligarchie, le pouvoir appartient à un petit groupe de personnes (oligo = quelques-uns).

 

Deux avatars de l'oligarchie sont particulièrement bien représentés : la technocratie et la bureaucratie. La première consiste à donner le pouvoir réel aux spécialistes possédant des compétences particulières dans un domaine donné. Beaucoup de gens considèrent que les sociétés modernes sont trop complexes pour être comprises par les profanes et que seuls les experts sont dignes de les gouverner. Dans la bureaucratie, le pouvoir de fait est abandonné aux administrations dont le personnel, composé de fonctionnaires non élus et inamovibles, survit aux gouvernements successifs et, sans s'inquiéter des déclarations fracassantes de leur patron d'un moment, prend des décisions qui ne devraient être prises que par des élus.

 

Démocratie

Dans une démocratie, le pouvoir est exercé par le peuple (dêmos), c'est-à-dire par l’ensemble des membres d’une communauté.

 

Il faut noter également que le peuple est un ensemble de personnes, non chacune de ces personnes prises individuellement. Une démocratie ne donne donc pas le pouvoir aux individus mais à une entité abstraite

 

Anarchie

Je définis l'anarchie, mot dans lequel le pouvoir, arkos, [Note pour une prochaine édition: erreur éthymologique : arkhos = chef alors que le pouvoir vient de kratos. En fait, il serait préférable de parler d'acratie et non d'anarchie.] est associé au préfixe privatif "a" exprimant la négation, comme un système dans lequel le pouvoir n'est délégué à aucun individu particulier, à aucun groupe de personnes ou à aucune entité abstraite telle que le peuple. Ceci ne veut pas dire qu'il n'existe plus de lois ni de gouvernement. Pour moi, l'anarchie ce n'est pas le bordel, c'est le pouvoir rendus aux individus, enfin libérés et jugés dignes de l'exercer vraiment. Pour bien montrer que mon système est différent de l'anarchie traditionnelle, il pourrait être appelé "omnicratie", le pouvoir à tout le monde donc. [ajout : on porrait penser aussi à atomocratie (atomos = indivisible = individu ?) mais ça rappelle le nucléaire !]

 

Le système qui nous gouverne

les citoyens ont bien le droit de choisir ceux qui les représentent mais uniquement parmi un petit groupe de personnes : les membres des partis politiques. Revoyez les définitions ci-dessus : nous avons chez nous non pas une véritable démocratie mais une oligarchie.

Mon but dans le présent chapitre va être de montrer qu'il est possible de donner enfin le pouvoir aux individus.

 

Voulons-nous vraiment donner le pouvoir aux individus ?

Voulons-nous vraiment permettre à l'homme de la rue de prendre des décisions et de faire des choix ? C'est assez amusant d'évoquer ce concept. Même ceux qui aiment l'idée de participation se hérissent quand on commence à entrer dans les détails.

Les admirateurs de la technocratie sont effrayés de la complexité du monde moderne et ils pensent que seuls les "experts" peuvent le comprendre et nous diriger dans ses labyrinthes. C'est confondre la politique, c'est-à-dire le choix des buts à atteindre, avec la définition des moyens techniques qui permettent de mettre en oeuvre ces choix.

D'une manière plus générale, nombreux sont les partisans de l'aristocratie telle que je viens de la définir, c'est-à-dire ceux qui considèrent que seules certaines personnes (en particulier eux-mêmes et ceux qui pensent comme eux) sont suffisamment intelligentes pour faire les choix qui s'imposent ; les autres sont des abrutis, des blaireaux, bien incapables de comprendre ce qui est bon pour eux.

 

Si vous pensez, comme moi, que le pouvoir appartient aux individus, parce que ce sont des hommes, même les plus bêtes et ignorants d'entre eux, il faudra bien se résoudre à accorder à chacun la liberté d’exercer ce pouvoir comme il l’entend.

 

Pour trois pouvoirs réellement indépendants

Pour rendre enfin le pouvoir aux individus, il faut créer un système à trois pouvoirs réellement indépendants les uns des autres : un pouvoir législatif qui promulgue des lois, un pouvoir exécutif qui les applique pour gérer les biens et les intérêts de la communauté et un pouvoir législatif qui veille à ce que ces lois sont respectées. Il faut ensuite modifier les conditions de l'élection des représentants des citoyens pour que les élus cessent de considérer qu'ils tirent leur légitimité de leur seule élection et pour les forcer à exercer leur pouvoir d'une manière qui reflète vraiment les désirs des gens qui les ont élus.

 

Le pouvoir législatif

 

Nature du pouvoir législatif

Les législateurs doivent donc pouvoir décider en toute indépendance des projets susceptibles de faire l'objet d'une nouvelle loi. En revanche, l'assemblée législative ne doit pas s'occuper de la mise en oeuvre des lois existantes pour gouverner la communauté, c'est le rôle de l'exécutif, ni du respect de ces lois par les personnes physiques et morales, c'est celui du pouvoir judiciaire. 

 

Contrôle des autres pouvoirs

Si le législatif constate que les lois ne sont pas correctement interprétées par l'exécutif, il les précise ; s'il constate qu'il manque une loi, il la promulgue ; et s'il constate qu'une loi a des conséquences néfastes, il la corrige ou l'abroge. 

Le pouvoir législatif doit également surveiller le pouvoir judiciaire en vérifiant que ce dernier en appliquant les lois respecte bien les intentions de ceux qui les ont promulguées.

 

Choix des détenteurs du pouvoir législatif

Je propose un système dans lequel chaque électeur choisit son représentant et fait enregistrer son choix à la mairie de son domicile. Le point capital est qu'il peut faire ce choix et surtout qu'il peut le modifier à n'importe quel moment, dès qu'il constate qu'il n'approuve plus l'orientation de "son" représentant. Il n'y a donc plus d'élections au sens habituel du terme mais une situation en constante évolution dans laquelle chaque représentant est obligé de rester à l'écoute des gens qui l'ont mandaté. Il n'y a pas de limite au nombre des mandats qui peuvent être délégués à un même individu et une seule personne peut donc disposer de plusieurs centaines, plusieurs milliers ou même plusieurs millions de mandats aux niveaux de représentation les plus élevés.

 

 

Le pouvoir exécutif

 

Nature du pouvoir exécutif

Les lois adoptées par le pouvoir législatif et approuvées par le pouvoir judiciaire doivent être mises en vigueur par un pouvoir exécutif. Là, pas de remède miracle, il faut bien que quelqu'un commande.

Un rôle essentiel du pouvoir exécutif est la détermination du montant de l'impôt. Dans le système présenté ici, le pouvoir exécutif sera chargé de distribuer les fonds nécessaires à la création et au développement des coopératives, dans le respect des lois établies par le pouvoir législatif et sous la surveillance du pouvoir judiciaire.

 

Contrôle des autres pouvoirs

Le pouvoir exécutif a le droit de s'assurer que les lois adoptées par le législatif ne l'empêchent pas d'appliquer le programme pour lequel il a été élu. Si c'est le cas, il a le droit de proposer au législatif de modifier ou de compléter ces lois.

 

Choix des détenteurs du pouvoir exécutif

Le pouvoir exécutif est donné à une personne, élue au vu du programme qu’elle a défini en fonction des grandes questions qui se posent à la communauté au moment de l'élection. Les candidats devront expliquer en termes précis comment ils comptent résoudre les questions d'actualité. Les étapes définies dans le programme permettront au public de juger si les réalités correspondent aux promesses. Si les étapes ne sont pas atteintes selon le calendrier originel, le chef de l'exécutif devra repasser devant les électeurs pour obtenir un renouvellement de son mandat selon un calendrier révisé ou laisser la place à un autre chef de l'exécutif plus efficace ou moins menteur.

 

Note sur le pouvoir financier

Une banque européenne a été créée sur le modèle de la banque fédérale américaine et elle est chargée de déterminer en toute indépendance la politique financière de l'Union européenne.

Le pouvoir financier, s'il est vraiment nécessaire, doit être un pouvoir élu, au même titre que les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, car tout pouvoir appartient aux individus membres de la communauté et ils ont seuls le droit de le déléguer.

 

Note sur le pouvoir administratif

Il ne suffit pas de rendre à chaque pouvoir les responsabilités qui lui incombent car dans la pratique l'application des lois est le fait de l'Administration et de ses employés.

Pour réformer le pouvoir administratif il faut d'abord que les employés des diverses administrations aient l'obligation d'indiquer le texte sur lequel ils s'appuient pour décider des suites à donner à une demande. Il faut d'autre part que les textes en question soient compréhensibles par tous. Il faut enfin que tout individu confronté à une décision absurde justifiée par une loi stupide ait le droit de contester le bien-fondé de cette loi auprès du pouvoir législatif.

 

Ajout pour une future édition : Peut-être prévoir un chapitre séparé sur le pouvoir administratif ?

 

Le pouvoir judiciaire

 

Nature du pouvoir judiciaire

Le pouvoir judiciaire est d'abord chargé de s'assurer que les lois existantes et les lois nouvelles sont valides (conformes à la constitution, à la déclaration des droits de l'homme, etc.), qu'elles sont cohérentes les unes avec les autres et qu'elles sont complètes, c'est-à-dire qu'elles tiennent compte de toutes les situations. D'autre part, le pouvoir judiciaire est chargé, très classiquement, de faire respecter les lois en vigueur et de punir les contrevenants.

Un troisième rôle, beaucoup moins classique, est de s'assurer que la vérité est bien respectée dans toutes les déclarations faites publiquement.

Les chiffres ne mentent pas, seule ment la manière de les calculer et de les présenter. Il est indispensable que le pouvoir judiciaire crée un service indépendant chargé de vérifier les déclarations faites publiquement en s'assurant que les chiffres cités sont exacts et que leur interprétation est faite selon des règles logiques et statistiques acceptées par tous.

 

Contrôle des autres pouvoirs

Le pouvoir judiciaire doit d'abord contrôler les décisions du pouvoir législatif en s'assurant que les lois nouvelles adoptées par ce dernier sont conformes à la constitution et compatibles avec les lois existantes. Le pouvoir judiciaire doit également contrôler les agissements du pouvoir exécutif en s'assurant que celui-ci respecte bien les lois existantes.

Sur le plan économique, le pouvoir judiciaire doit s'assurer que les marchés publics sont passés dans les règles et que les élus et les industriels locaux ne s'entendent pas pour s'enrichir aux dépends de la communauté.

Le pouvoir judiciaire a enfin un rôle important à jouer pour assurer le bon fonctionnement du financement des coopératives de producteurs dans le cadre décrit par le présent ouvrage en vérifiant que le pouvoir exécutif respecte bien les lois qui auront été adoptées à ce sujet par le pouvoir législatif.

 

Choix des détenteurs du pouvoir judiciaire

Pour que les détenteurs du pouvoir judiciaire soient indépendants des représentants des deux autres pouvoirs, il n'y a qu'une solution : les faire élire par l'ensemble des citoyens.

On peut envisager l'élection d'une assemblée judiciaire selon des modalités similaires à celles que j'ai décrites pour l'assemblée législative : chaque citoyen donne mandat à un représentant judiciaire, ce mandat étant révocable à tout moment par une simple déclaration en mairie. Chaque représentant judiciaire dispose dans l'assemblée judiciaire d'un nombre de voix qui dépend du nombre de mandats qu'il a ainsi obtenus des citoyens. L'assemblée judiciaire nomme les juges et les membres des divers services dont j'ai parlé plus haut.

 

Ajout pour une future édition : cette assemblée judiciaire est composée de légistes, c'est elle qui nomme les juges, les médiateurs, les membres de la cour des comptes et du conseil constitutionnel, etc. Les membres de l'assemblée sont élus par les citoyens : toutes les opinions du pays y sont représentées. Elle a ensuite tout pouvoir pour nommer les autres, mais les représentants des citoyens savent qu'ils peuvent perdre des voix s'ils font des choix contraire aux opinions des gens qui leur ont fait confiance.

C'est le système le pire de tous, excepté tous les autres.

 

Chapitre 6 - L'EDUCATION

 

Platon voulait donner aux philosophes l'autorité suprême dans sa République idéale. Si nous voulons donner l'autorité à tous les citoyens, il faut qu'ils deviennent tous des philosophes, ou du moins des citoyens conscients et bien informés.

La démocratie, la vraie, est impossible si les citoyens ne possèdent pas un minimum de connaissances, je l'ai montré à plusieurs reprises dans les pages qui précèdent. C'est à l'école de leur donner ces connaissances.

 

Pour que le système que je propose dans ces pages ait une chance de succès, il faut que le système éducatif réponde aux demandes suivantes :

·         Il doit former des citoyens capables de faire preuve d'objectivité lorsqu'ils ont à prendre position sur un problème précis et lorsqu'il leur est demandé de choisir les gens qui les représenteront aux diverses assemblées.

·         Il doit apprendre aux jeunes comment collaborer pour étudier un problème et aboutir à un consensus.

·         Il doit faire découvrir aux jeunes l'étendue de la culture humaine.

·         Il doit enfin donner à tous les connaissances qui leur sont nécessaires pour exercer le métier qu'ils auront choisi.

 

Si les enseignants actuels ne veulent pas se charger de l'éducation civique et sociale des jeunes, créons un nouveau type de métier sous un nom quelconque (tuteur, formateur, moniteur, pédagogue, peu importe) et confions-lui cette tâche. Si les programmes existants ne laissent pas suffisamment de temps, changeons-les. Si les enseignants manquent de moyens matériels donnons leur le budget nécessaire. L'important, c'est que quelqu'un se charge de cette éducation civique et sociale, la réussite du système présenté ici en dépend.

 

Ajout pour une future édition : bien insister sur le fait que l'école ne doit pas seulement former des élites mais d'abord permettre à chacun d'aller aussi loin que possible en fonction de ses envies et de ses capacités intellectuelles et physiques. Donner à tous les mêmes chances sans favoriser les plus riches.

D'autre part, c'est dans ce chapitre que je m'avance le plus car je ne suis pas enseignant. J'espère recevoir un jour de la part d'enseignants des critiques constructives sur la manière d'atteindre les buts que je définis.]

 

L'éducation du citoyen

L'école doit commencer par enseigner aux jeunes à résoudre les conflits et à rechercher le consensus plutôt que la confrontation.

L'école doit également enseigner aux jeunes l'objectivité et la manière d'examiner un problème pour se forger une opinion à son sujet.

L'école doit ensuite faire connaître aux jeunes la nature et les richesses de la communauté à laquelle ils appartiennent et de l'environnement dans lequel ils vivent.

 

L'éducation du producteur

Les élèves seront informés des différents métiers qui leur sont offerts et ils pourront en essayer plusieurs au cours de tests et de stages. Il n'est surtout pas question de les forcer à faire des choix définitifs. Ils expérimenteront, verront les métiers qu'ils préfèrent et ceux qu'ils sont capables de faire, ils s'informeront des possibilités offertes par chacun (postes disponibles, niveau de salaire, etc.), mais ils seront libres de changer d'avis autant de fois qu'ils le souhaitent. S'ils sont attirés par un métier particulier, ils pourront voir quelles sont les connaissances et les aptitudes qu'il exige.

Ayant choisi un métier, l'étudiant recevra la formation appropriée, que ce soit un stage de quinze jours pour apprendre à manier une pelle ou sept ans d'études de médecine.

 

Le système éducatif doit s'efforcer de permettre à chacun de réaliser ses ambitions et d'aller jusqu'au bout de ses possibilités et de ses désirs.

Trop souvent, l'école actuelle cherche à sélectionner des élites pour les diriger vers les écoles et les métiers de prestige, sans trop s'embarrasser de tous ceux qu'elle élimine en réalisant cet écrémage. Il faut au contraire que l'école permette à chacun d'aller aussi loin qu'il le peut, à son rythme.

 

La mesure des connaissances

Il faut abandonner les examens et les diplômes, pour la bonne raison que ce qui était au début un moyen destiné à vérifier les progrès des étudiants est devenu une fin en soi : on étudie "pour passer son bac" ! Il faut au lieu de cela étudier pour acquérir des connaissances et il faut trouver un moyen de vérifier si les connaissances acquises le restent dans le long terme et pas uniquement le temps nécessaire pour être recrachées lors de l'examen.

 

L'araignée des connaissances

les connaissances acquises pourraient être représentées sous la forme d'une sorte d'araignée munie d'un corps et de dizaines de pattes, chaque patte comportant de nombreux segments. Le corps correspondrait aux connaissances fondamentales (lire, écrire, compter, rédiger, etc.) et chaque élève le compléterait au cours de ses premières années d'école. A partir de ce corps, pendant les études secondaires, disons en gros pendant l'adolescence, chaque élève ferait pousser des pattes correspondant aux différentes disciplines.

 

Le nombre de pattes et de sous-pattes n'est pas limité, ce qui importe, c'est que chaque élève ait le choix de s'engager dans les pattes qui le tentent et de s'avancer le long de chaque patte aussi loin que ses goûts et ses aptitudes intellectuelles et manuelles le lui permettent.

Pour intéresser les jeunes, on peut présenter les sujets d'étude comme un grand jeu vidéo à modules multiples, chaque module comportant 36 niveaux. Chaque élève avance à son rythme dans chaque module et essaye de passer d'un niveau au suivant. Tous n'atteindront pas le niveau 36 de chaque module, mais chaque élève aura la possibilité de réaliser son potentiel maximum dans chaque sujet. L'élève devenu adulte aura d'ailleurs accès aux modules et aux niveaux qu'il avait atteints pendant ses études. Il aura toujours la possibilité plus tard de rouvrir un module et d'essayer d'aller plus loin.

Lors de l'entrée dans la vie active, l'araignée des connaissances permettra de sélectionner les gens qui cherchent à se joindre à une coopérative de producteurs existante (ou à en créer une).

 

 

Les moyens

 

Le professeur

Dans le système actuel, le professeur est à la fois un enseignant, un gendarme, un secrétaire et un gestionnaire. Il faut le débarrasser des tâches subalternes pour lui permettre de se concentrer sur ce qui devrait être son activité principale : enseigner.

Le professeur donnera des cours destinés à tracer les grandes lignes du sujet enseigné, à le relier au reste de l'enseignement et surtout à intéresser les élèves à la matière concernée avant d'approfondir les divers aspects de la question.

 

Le tuteur

Le professeur sera assisté par des tuteurs chargés de suivre et d'aider les élèves, d'assurer les tâches administratives et de faire la liaison entre les élèves, les parents, l'administration de l'école et les professeurs. Les tuteurs devront suivre les progrès des élèves qui leur sont confiés et les aider à résoudre les problèmes qui se posent à eux.

A son entrée dans le système scolaire, le jeune sera intégré à un groupe de dix élèves qui sera confié à un tuteur. En principe, ce groupe et son tuteur ne changeront pas pendant toute la durée des études, ce qui veut dire qu'il comprendra des bons et des mauvais élèves, des scientifiques et des littéraires, des intellos et des manuels, chacun progressant à son rythme le long des pattes de l'araignée qu'il aura choisies. Les membres du groupe se sépareront à l'occasion pour aller suivre le cours de tel ou tel professeur mais ils se retrouveront ensuite pour faire, sous la houlette de leur tuteur mais chacun de son côté, les exercices d'application nécessaires sur leur terminal personnel.

 

L'ordinateur

Les professeurs, les tuteurs, les élèves et leurs parents seront aidés dans leurs tâches respectives par les moyens informatiques nécessaires. Chaque élève disposera d'un terminal qui lui donnera accès à son dossier personnel installé sur le serveur de l'école.

Pendant toutes les interactions entre l'élève et l'ordinateur, ce dernier évaluera l'élève en permanence pour s'assurer que l'araignée représente bien des connaissances acquises. Il faudra pour cela inventer de nouvelles méthodes de contrôle mais, là encore, je fais confiance pour cela aux enseignants, aidés par les informaticiens professionnels nécessaires : théoriciens, analystes, ingénieurs des connaissances et programmateurs

 

Muni de son araignée, le jeune adulte pourra chercher une coopérative (ou en créer une) dans laquelle il pourra exercer le métier qu'il aura choisi et qu'il aime. Plus tard, s'il découvre qu'il a fait fausse route ou s'il a simplement envie de changer d'activité, il lui sera donné la possibilité de reprendre ses études et de faire pousser de nouvelles pattes à son araignée.

 

Convenablement formé pendant toute sa scolarité, il saura également se comporter en citoyen informé et conscient pour choisir un représentant qui agira au mieux des intérêts de la communauté.

 

CONCLUSION

 

Calendrier de mise en œuvre

 

L'agenda que je propose peut être réalisé par étapes, chaque étape procurant ses bénéfices propres et, sauf les dernières, étant indépendante de la mise en œuvre du système coopératif proprement dit.

La première chose à faire est la réforme de l'impôt qui dégagera les fonds nécessaires.

 

Pour lancer le système coopératif il faudra ensuite promulguer des lois offrant un cadre à l'établissement de la coopérative de producteurs, précisant les devoirs et les droits des futurs associés et permettant de régler les conflits qui, l'homme étant ce qu'il est, ne manqueront pas de s'élever dans certains cas.

 

Le système capitaliste ne disparaîtra pas pour autant et il subsistera tant que le nouveau système n'aura pas fait la preuve de ses mérites et recueilli l'adhésion du public. Si c'est le cas et une fois le système coopératif en place et bien accepté, la réforme de l'héritage pourra dégager un excédent de recettes pour étendre à tous les citoyens les bénéfices de la coopérative de producteurs.

 

Les avantages du système coopératif

 

Coup de fouet économique

 

Pensez à tous les gens qui voudraient bien monter un commerce ou devenir artisans mais qui en sont empêchés par les formalités, les charges et le manque d'argent.

 

Le chômage disparaîtra-t-il ? En principe, oui, mais sans doute pas tout de suite. En effet, les chômeurs ne pourront être aidés à monter leur entreprise que dans la mesure où les revenus de l'impôt permettront de la financer.

 

Seule la réforme de l'héritage permettra de disposer de ressources suffisantes pour éliminer ce problème, mais le changement qu'elle exige dans les mentalités demandera sans doute beaucoup de temps et on ne pourra la mettre en place de sitôt. Dommage.

 

Changement de mentalité

 

Le bénéfice le plus important, le plus lent à apparaître et, je l'espère, le plus durable sera le changement qui devrait s'instaurer peu à peu dans les mentalités. Depuis les débuts de la révolution néolithique, les gens savent qu'il faut se battre pour réussir et que chaque succès est bâti sur une montagne d'échecs. Pour un roi, combien de sujets, pour un maître, combien d'esclaves et pour un riche industriel, combien de salariés mal payés ?

 

Soudain, tout change. Les gens qui réussissent payent pour aider les autres à s'établir. Les salariés deviennent des associés. Les chefs et les petits chefs se transforment en collègues et leurs anciens sous-fifres obtiennent, sinon les mêmes fonctions du moins les mêmes droits qu'eux. Il n'est plus nécessaire de se battre, le succès passe par l'entraide.

 

Bien entendu, le singe est toujours là, prêt à montrer les dents, mais je ne peux m'empêcher de rêver. Si la bête n'est plus excitée quotidiennement par les nécessités de la lutte pour la vie économique, peut-être acceptera-t-elle de se calmer et d'aller s'endormir au plus profond du système limbique. Peut-être alors l'espèce humaine réussira-t-elle à subsister autrement que sous la forme d'artéfacts radioactifs…